Des chercheurs parviennent à régénérer des cellules essentielles à l’audition : une avancée rapportée par National Geographic

Article relayé depuis National Geographic – 31 juillet 2026
Dans cet article, National Geographic présente les avancées récentes de la recherche sur la régénération des cellules essentielles à l’audition. Le média revient sur les travaux de chercheurs ayant identifié une combinaison de facteurs génétiques capable de générer de nouvelles cellules dans l’oreille interne, ouvrant de nouvelles perspectives dans l’étude de la perte auditive.
Depuis plusieurs décennies, les scientifiques cherchent à comprendre comment remplacer les cellules ciliées sensorielles détruites de l’oreille interne. Ces cellules jouent un rôle essentiel dans l’audition : lorsqu’elles disparaissent en raison du vieillissement, d’une exposition prolongée au bruit, de certains traitements médicaux ou de mutations génétiques, leur perte est généralement considérée comme irréversible chez l’être humain.
Les solutions actuelles, comme les aides auditives et les implants cochléaires, permettent d’améliorer la perception des sons, mais ne permettent pas de restaurer les cellules endommagées.
Une capacité de régénération longtemps considérée comme impossible
Chez certaines espèces animales, la régénération des cellules auditives existe naturellement. Les oiseaux et certains poissons sont capables de remplacer leurs cellules sensorielles lorsqu’elles sont détruites.
Pendant longtemps, les scientifiques pensaient que les mammifères avaient définitivement perdu cette capacité.
Cependant, des expériences menées sur des souris au cours de la dernière décennie ont montré que l’oreille interne des jeunes mammifères conserve temporairement une capacité limitée de régénération.
Cette découverte a changé la vision des chercheurs : les mammifères ne seraient peut-être pas incapables de régénérer leurs cellules auditives, mais auraient simplement perdu l’accès aux mécanismes biologiques nécessaires.
Les recherches se sont alors concentrées sur les cellules de soutien de la cochlée, qui pourraient être reprogrammées pour adopter l’identité de cellules ciliées sensorielles.
Le rôle essentiel des cellules ciliées de l’oreille interne
La cochlée, située dans l’oreille interne, contient environ 15 000 cellules ciliées sensorielles qui transforment les vibrations sonores en signaux électriques transmis au cerveau.
Ces cellules possèdent de minuscules structures appelées stéréocils. Lorsque les sons provoquent des vibrations, ces projections se déplacent et déclenchent des signaux électriques interprétés ensuite comme des sons.
Mais ces cellules sont particulièrement fragiles.
Elles peuvent être endommagées par le bruit, certains médicaments, le vieillissement ou encore certaines anomalies génétiques.
Contrairement à d’autres tissus du corps humain, la cochlée des mammifères ne possède presque aucune capacité naturelle à remplacer les cellules ciliées détruites.
Comme l’explique Brandon Cox, biologiste du développement à la Southern Illinois University School of Medicine :
« Avant cela, le dogme voulait que la régénération ne se produise que chez les non-mammifères ».
Les chercheurs se sont alors intéressés à l’épigénétique, c’est-à-dire aux mécanismes qui contrôlent l’utilisation des gènes par les cellules.
« Lorsque les cellules sont jeunes, l’ADN est ouvert et accessible », explique Brandon Cox. « À mesure qu’elles mûrissent, la chromatine se ferme ».
L’objectif est désormais de réactiver certains programmes biologiques afin de permettre à des cellules adultes de retrouver des caractéristiques de cellules jeunes.
Trois facteurs génétiques au cœur des recherches
Les scientifiques ont identifié trois protéines essentielles dans ce processus : Atoh1, Gfi1 et Pou4f3.
Ces protéines sont des facteurs de transcription capables d’activer certains réseaux de gènes impliqués dans le développement des cellules ciliées.
Les premières recherches se sont concentrées sur Atoh1, une protéine connue pour participer à la formation des cellules ciliées.
Cependant, les cellules obtenues grâce à ce seul facteur restaient incomplètes. Elles présentaient certains marqueurs des cellules ciliées mais ne possédaient pas toutes les caractéristiques nécessaires, notamment des stéréocils fonctionnels ou les bonnes connexions nerveuses.
« Cela a ouvert la voie à d’autres pour envisager la thérapie génique », affirme Alan Cheng, chirurgien et professeur d’oto-rhino-laryngologie à l’université Stanford.
Les chercheurs ont ensuite étudié l’action combinée de plusieurs facteurs.
Une étude publiée en 2020 a montré que l’association de Atoh1, Gfi1 et Pou4f3 permettait de produire davantage de cellules ressemblant aux cellules ciliées qu’Atoh1 seul.
Selon Alan Cheng :
« Les facteurs de transcription agissent souvent de concert, de la même façon qu’une équipe de basket-ball. Ils sont plus puissants lorsqu’ils travaillent ensemble ».
Grâce à ces avancées, les chercheurs sont aujourd’hui capables de régénérer près de 2 000 cellules semblables à des cellules ciliées dans la cochlée de souris, contre seulement quelques cellules lors des premières expériences.
« Si je devais résumer la plus grande avancée réalisée au cours des cinq dernières années », indique Alan Cheng, « c’est que nous sommes désormais capables de régénérer des cellules ciliées, pas seulement quelques cellules mais la quantité nécessaire dans les organes d’origine ».
Le défi : restaurer réellement l’audition
Malgré ces progrès, produire de nouvelles cellules ciliées ne signifie pas encore restaurer l’audition.
Les chercheurs doivent encore démontrer que ces cellules peuvent fonctionner comme celles d’une oreille interne saine.
Elles doivent notamment développer des stéréocils correctement organisés, se positionner au bon endroit dans la cochlée et établir les bonnes connexions avec les neurones auditifs.
Comme l’explique Brandon Cox :
« Le principal obstacle que nous devons surmonter est la récupération fonctionnelle ».
La cochlée fonctionne comme une carte des fréquences : chaque région correspond à une gamme de sons spécifique.
« Si une nouvelle cellule ciliée de la gamme des basses fréquences est connectée à un neurone de la gamme des hautes fréquences, cela ne va pas fonctionner », précise-t-il.
Les scientifiques soulignent donc que la création de cellules de remplacement constitue une étape importante, mais que la reconstruction d’un système auditif complet représente un défi encore plus complexe.
Les synapses : une autre piste explorée
La régénération des cellules ciliées n’est pas la seule stratégie étudiée.
Selon Gabriel Corfas, directeur de l’institut de recherche Kresge Hearing à l’université du Michigan, les chercheurs s’intéressent également aux connexions entre les cellules ciliées et les neurones auditifs.
Certaines études suggèrent que les premières atteintes liées à la perte auditive liée à l’âge pourraient concerner les synapses, ces points de communication entre les cellules.
« Des travaux solides indiquent que la première chose que nous perdons en vieillissant, ce sont les synapses, et non les cellules ciliées ou les neurones », explique Gabriel Corfas.
Dans une étude menée en 2024, son équipe a montré que la modification du nombre de synapses pouvait influencer la capacité des animaux à traiter les sons.
Les chercheurs ont également observé que la restauration de ces connexions pouvait améliorer les performances auditives chez des souris exposées au vieillissement ou au bruit.
Gabriel Corfas décrit la régénération synaptique comme :
« un objectif à portée de main ».
Une recherche qui avance vers plusieurs solutions
Selon National Geographic, les scientifiques considèrent désormais la perte auditive comme un phénomène complexe nécessitant plusieurs approches.
La régénération des cellules ciliées, la réparation des connexions neuronales et d’autres stratégies pourraient à terme contribuer au développement de nouvelles solutions contre certaines formes de perte auditive.
Les chercheurs ne cherchent plus uniquement à créer de nouvelles cellules, mais à comprendre comment reconstruire un système auditif fonctionnel.
Source
Article original publié par National Geographic :
https://www.nationalgeographic.fr/sante/sante-des-chercheurs-parviennent-a-regenerer-des-cellules-essentielles-a-audition



